Corruption institutionnelle et modèle d'affaires dominant dans le secteur bio-pharmaceutique; Comprendre l'économie politique de l'influence dans l'économie du savoir.
Marc-André Gagnon  1@  
1 : School of Public Policy and Administration, Carleton University  (SPPA)  -  Site web
Marc-André Gagnon, PhD School of Public Policy and Administration Carleton University 1125 Colonel By Drive (RB-5224) Ottawa, ON (Canada) K1S 5B6 -  Canada

Au cours des 15 dernières années, de moins en moins de nouveaux médicaments sont apparus sur le marché, et la vaste majorité d'entre eux ne représentent aucune avance thérapeutique par rapport aux médicaments déjà existants. Néanmoins, les firmes pharmaceutiques dominantes ont amassé des profits record en dépit de l'absence d'innovation thérapeutique significative. En se basant sur les travaux de Thorstein Veblen, ce paradoxe peut s'expliquer en distinguant la dimension industrielle (de la production de richesse sociale) et la dimension d'affaires (de la capitalisation de revenus) du secteur pharmaceutique. Une telle distinction nous permet de considérer pourquoi les incitatif financiers (dimension affaires) ne sont pas alignés avec la production optimale de résultats en santé (dimension industrielle).

En fait, l'analyse des dynamiques du capitalisme corporatif permet de montrer comment les firmes dominantes cherchent moins à créer de la valeur que de créer directement les déterminants sociaux de la valeur en déployant diverses stratégies de capture. Ces stratégies constituent en quelque sorte une économie politique fantôme, ou encore une économie politique de l'influence trop souvent sous-estimée par les économistes, et qui explique pourquoi on observe un paradoxe liant une baisse de l'innovation et une croissance des profits.

Notre présentation se déroulera en trois temps.

Dans un premier temps, nous présenterons une courte analyse financière du paradoxe de la croissance des profits liée à la baisse de l'innovation.

Dans un second temps, nous décortiquerons cette économie politique de l'influence dans le secteur biopharmaceutique en la subdivisant en cinq grandes catégories de stratégies pour façonner les déterminants sociaux de la valeur:

-Capture scientifique : Façonner le discours scientifique selon les intérêts de la firme par les auteurs fantômes et les plans de publication, la non-divulgation des résultats scientifiques défavorables, l'intimidation des chercheurs indépendants, les essais cliniques organisés à des fins commerciales, les partenariats avec les universités, etc.

-Capture professionnelle : Diffusion les discours favorables au sein de la profession médicale en recourant aux leaders d'opinion, à l'éducation médicale continue, à la promotion personnalisée auprès des médecins, etc.

-Capture réglementaire : Lobbying politique des associations industrielles, conflits d'intérêts des agences réglementaire, les portes tournantes entre le gouvernement et l'industrie, etc.

-Capture médiatique : Stratégies de communication médiatique pour maintenir un discours favorable aux intérêts des firmes, par l'entremise de « think tanks » et d'organisations agissant en tant que boîte de résonnance des intérêts de l'industrie.

-Capture de la société civile : Partenariat avec des organisations communautaires, associations avec des groupes de patients, campagnes charitables, etc.

Après une brève cartographie de l'économie politique de l'influence à l'œuvre dans le secteur biopharmaceutique nous discuterons dans la troisième partie de l'exposé les possibles réformes réglementaires à envisager pour transformer les incitatifs financiers en place qui encourage le déploiement de cette économie politique fantôme au détriment du bien-être de la population.

 

 

 

 



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