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Économie politique de la résilience : Avatar du néolibéralisme ou instrument de démocratie participative ?

 

Panel ouvert organisé par Romain Felli (Université de GenèvePOLET) et Béatrice Quenault (Université Rennes 2 – ESO, UMR 6590)

Les propositions de communication doivent être envoyées d'ici au 31 mars à l'une des adresses suivantes : romain.felli'at'unige.ch ou beatrice.quenault'at'uhb.fr


Depuis une dizaine d'années, la notion de résilience a débordé le champ académique (au sein duquel, elle s'est répandue de la physique des matériaux à l'écologie, la psychologie, la géographie, l'économie, la finance, etc.) pour investir celui du politique. Face aux menaces de tous ordres, la rhétorique de la résilience, telle qu'elle est déployée par des organisations internationales, des programmes gouvernementaux, des experts, des ONG, ou des recherches académiques est donc de plus en plus mise en avant en direction des territoires et des collectivités locales qui les gouvernent, mais aussi des entreprises qui s'y déploient et des individus qui les habitent.

La notion n'est pas véritablement consolidée dans sa définition, et renvoie à des acceptions plurielles et parfois même contradictoires. Mais en actant l'idée selon laquelle nous vivons dans un système qui produit des crises avec lesquelles nous devons apprendre à vivre, le concept de résilience pourrait « essentialiser » la vulnérabilité et empêcher de questionner le système qui génère ces crises et vulnérabilités. Dans la mesure où la résilience représente, non plus la maîtrise, mais la capacité d'adaptation à une situation de crise censée reposer sur des groupes ou des individus, n'entérine-t-elle pas une certaine reconnaissance de l'impuissance (assumée) de l'État face aux risques et aux crises ? L'appréciation de la résilience revêt donc une dimension éminemment politique et subjective.

Face à la polysémie et à la porosité du concept, qui peut en pratique servir un spectre d'idées et d'idéologies très large, il ne saurait ainsi n'y avoir qu'une seule lecture politique de la résilience. L'insistance sur la flexibilité, l'adaptation permanente, la capacité à utiliser les chocs externes de manière productive, l'absence de mécanismes centralisateurs d'organisation, etc., caractérisent la plupart des conceptions de la résilience. Toutefois, la délibération et la décision politique démocratique semblent absentes de ces processus qui insistent sur la spontanéité, l'autonomie et la décentralisation (Pelling 2011 ; Reid 2012). Des recherches ont ainsi associé la notion de résilience aux développements théoriques ainsi qu'aux pratiques de gouvernementalité néolibérales (Joseph 2013 ; Walker et Cooper 2011). À l'inverse des mouvements sociaux et écologistes se réclament de la résilience pour justifier leurs actions qui apparaissent en rupture avec le néolibéralisme (MacKinnon and Driscoll Derickson 2013) et tendent vers davantage de démocratie participative. La résilience peut ainsi être présentée comme un paradigme « post-libéral » (Chandler 2012), voire comme une forme de résistance au néolibéralisme (Brown 2011).

À la floraison d'utilisations du concept de résilience dans divers domaines de l'action et des politiques publiques correspondent encore peu de réflexions sur les attendus pratiques, politiques et normatifs de ce concept suivant la (les) théorie(s) qui le sous-tend(ent). Dans ce panel nous voudrions ainsi faire se croiser des contributions théoriques et empiriques qui analysent le concept et les pratiques de la résilience à l'aune d'un questionnement en termes d'économie politique et de théorie politique

 

Références

  • Brown, Katrina (2011), ‘Policy discourses of resilience’, in Pelling, Mark, David Manuel-Navarret, and Michael Redclift (eds.), Climate Change and the Crisis of Capitalism. A chance to reclaim self, society and nature (London and New York: Routledge), 37-50.
  • Chandler, David (2012), ‘Resilience and human security: The post-interventionist paradigm’, Security Dialogue, 43 (3), 213-29
  • MacKinnon, Danny and Kate Driscoll Derickson (2013), ‘From resilience to resourcefulness: A critique of resilience policy and activism’, Progress in Human Geography, 37 (2), 253-70.
  • Felli, Romain and Noel Castree (2012), ‘Neoliberalising adaptation to environmental change: foresight or foreclosure?’, Environment and Planning A, 44 (1), 1-4.
  • Joseph, Jonathan (2013), ‘Resilience as embedded neoliberalism: a governmentality approach’, Resilience, 1 (1), 38-52.
  • Pelling, Mark (2011), Adaptation to Climate Change. From resilience to transformation, (London: Routledge).
  • uenault, Béatrice (2013), « Retour critique sur la mobilisation du concept de résilience en lien avec l’adaptation des systèmes urbains au changement climatique », EchoGéo [En ligne], 24 | 2013, mis en ligne le 10 juillet 2013URL : http://echogeo.revues.org/13403 ; DOI : 10.4000/echogeo.13403.
  • Reid, Julian (2012), ‘The Disastrous and Politically Debased Subject of Resilience’, Development dialogue, 58 67-79
  • Walker, Jeremy and Melinda Cooper (2011), ‘Genealogies of resilience: From systems ecology to the political economy of crisis adaptation’, Security Dialogue, 42 (2), 143-60.
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