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Régulation sectorielle et territoriale : nouveaux espaces de conflits et de compromis. 

 

Panel ouvert organisé par  Florence Gallois (Université de Reims - REGARDS) et Pascal Grouiez (Université Paris 7 - Ladyss. 

Les propositions de communication (sous forme de résumés ne dépassant pas 2 pages) sont à envoyer avant le 10 mars 2014 à Florence Gallois (florence.gallois@gmail.com) et Pascal Grouiez (pascal.grouiez@gmail.com). Les notifications d’acceptation seront communiquées aux auteurs fin mars 2014. Les textes des communications devront être envoyés aux organisateurs de la session pour le 31 mai


 La crise économique, politique et sociale que traverse l'Europe depuis 2008 doit être, pour les économistes, l'occasion de reconsidérer les méthodes et les modèles d'interprétation des systèmes économiques.

L'approche en termes de régulation, qui s'est construite sur le postulat de la crise, s'est avérée heuristique dans l'interprétation du fordisme, de son origine à sa remise en cause. Les régulationnistes ont placé la croissance déséquilibrée au cœur de leur réflexion.  Les compromis institutionnels apaisaient, pour un temps, des rapports sociaux conflictuels géographiquement et historiquement situés. Avec la fin du fordisme et la chute du mur de Berlin, la remise en cause d'un monde bipolaire a conduit à l'éclatement du monde et des rapports sociaux constitutifs des deux grandes puissances : l'Occident et l'URSS. Le monde est devenu pluriel. C'est un fait qu'il convient d'intégrer davantage dans l'approche régulationniste. Si l'école de la régulation a déjà produit de riches réflexions macroéconomiques autour de la diversité des capitalismes, beaucoup de travaux restent à entreprendre à des niveaux infra-nationaux. Car, pointer la pluralité des États Nations sous-tend également que les conflits naissent et que les compromis se dessinent à des échelles multiples.

Les approches en termes de régulation sectorielle et territoriale (RST) fondent justement une problématique multi-niveaux dans laquelle les contradictions et les tensions intrinsèques au(x) capitalisme(s) s’expriment à des niveaux contingents aux situations analysées.

La session se propose d’étudier comment les forces institutionnelles de la convergence se combinent avec une fragmentation des espaces et avec des évolutions microéconomiques divergentes. Notre apport se situerait plus spécifiquement du côté de l’analyse des organisations socio-économiques et de leurs modes de coordination dans le contexte de la crise – i.e., remise en cause d'un mode de régulation existant - , afin de repérer les sources et les vecteurs de la diversité, ainsi que d’interroger le potentiel structurant des configurations émergentes pour l’avenir des capitalismes.

Cette perspective multi-niveaux permet d’observer les jeux d’acteurs qui essaient d’explorer de nouveaux modèles économiques (ou de s’appuyer sur ceux à l’état de scénarios). Ainsi, certaines configurations visent explicitement à faire en sorte que le territoire de proximité devienne une ressource ou encore à vendre des droits d’usage au lieu de droits de propriété. Pour autant, est-ce que ces modèles économiques traduisent de nouveaux modes de régulation ? Se pose alors la question de savoir si les innovations organisationnelles vont peser dans les changements de régimes d’accumulation.

Les changements de régimes d’accumulation que nous observons dans le processus de globalisation actuel – dans un monde pluriel - sont marqués par des recompositions profondes des frontières et des caractéristiques identitaires des firmes, des secteurs et des territoires. C. Laurent parle à cet égard d’un processus de « désectorisation – resectorisation // déterritorialisation – reterritorialisation ». De nouveaux espaces de conflits et de compromis s’élaborent sur lesquels les acteurs construisent de nouveaux modes de régulation. La session vise donc à éclairer et analyser ces nouveaux espaces de conflits et de compromis.

Les recompositions en cours revêtent une dimension sectorielle et une dimension territoriale, au sens où de nouvelles règles institutionnelles émergent dans des secteurs recomposés et sur des territoires à de nouvelles échelles. La régulation qui en découle, selon l’hypothèse retenue dans l’ouvrage de synthèse portant sur la RST (Laurent & du Tertre, 2008), serait le produit de l’articulation de deux types de logiques : des logiques sectorielles, qui définissent les conditions de l’accumulation du capital, et des logiques territoriales qui garantissent les capacités de reproduction de cette accumulation.

La session vise donc à repérer et comprendre les transformations, qui sont à l’origine de nouvelles pratiques et règles de gouvernance au sein des firmes, des secteurs, et des territoires. Elle se propose à cet effet de mettre l’accent sur la question des outils théoriques et méthodologiques à la disposition du chercheur régulationniste à partir d’études de cas.  

Sont donc attendues des communications développant des analyses sectorielles et/ou territoriales mobilisant des approches régulationnistes. Une attention sera également accordée à des communications traitant des frontières de la firme, en particulier dans une optique de responsabilité sociale des entreprises.

Si les secteurs classiques des approches régulationnistes sont l’agro-alimentaire et l’automobile, la session souhaite être l’occasion d’explorer d’autres secteurs comme les activités de service, le bâtiment, la chimie, la santé, les services, le sport professionnel…

Les approches territoriales peuvent quant à elles porter sur des analyses en termes de cluster, de bassins (d’emploi, de vie)… ou sur des échelles bien plus larges (e.g. dans le cadre de comparaisons internationales), le territoire étant lui même un construit social sujet à analyse.

 

Références clés de la session

  • Allaire, G.(2002), “L'Économie de la qualité, en ses secteurs, ses territoires et ses mythes”, Géographie, économie et société, volume 4, n° 2, 155-180.
  • Barthélemy, D. et Nieddu, M.(2003), “Multifonctionnalité agricole : biens non marchands ou biens identitaires ?”, Économie rurale, volume 273-274, 103-119.
  • Bartoli P. et Boulet D.(1990), “Régulation et spécificités sectorielles : la sphère viticole”, Cahiers d'économie et de sociologie rurales, volume 17, 7-38.
  • Berriet-Solliec M.(2009), “Territorialiser la politique agricole pour plus de cohésion”, Économie rurale, n° 5, 129-146.
  • Bodet, C. et Lamarche, T.(2007), “La Responsabilité sociale des entreprises comme innovation institutionnelle. Une lecture régulationniste”, Revue de la Régulation. Capitalisme, institutions, pouvoirs, n° 1.
  • Boyer R., Saillard Y. et (dir.) (2002 (1995)), Théorie de la régulation, l'état des savoirs La Découverte, Paris.
  • Capron M. et Petit P.(2011), “Responsabilité sociale des entreprises et diversité des capitalismes”, Revue de la Régulation. Capitalisme, institutions, pouvoirs, n° 9.
  • Chanteau J.-P., du Tertre C., Nieddu M. et Pecqueur B.(2002), “Théorie de la régulation, secteurs et territoires : quels enjeux de recherche ?”, Géographie, économie et société, volume 4, n° 2/2002, 123-131.
  • Colletis G.(2012), “Quelle politique industrielle pour la France?”, L'économie politique, n° 2, 63-78.
  • du Tertre C.(2007), “Création de valeur et accumulation: capital et patrimoine”, Economie Appliquée, volume 3, 157-176.
  • Gallois F. (2012) Une approche régulationniste des mutations de la configuration institutionnelle française des services à la personne, Thèse de sciences économiques, Dir. M. Nieddu, Université de Reims.  
  • Grouiez P. (2011), « Les stratégies des exploitations agricoles et la multifonctionnalité de l’agriculture russe », in Revue d'Études Comparatives Est-Ouest, Volume 42, Issue 02, juin, pp 139-164.
  • Laurent, C. et du Tertre, C. (2008), Secteurs et territoires dans les régulations émergentes, L'Harmattan, Paris, 201-216.
  • Nieddu M., Garnier E. et Bliard, C.(2010), “L'émergence d'une chimie doublement verte”, Revue d'économie industrielle, volume 132, n° 4è trimestre 2010, 53-84.
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